LE MUSULMAN ET LE CALENDRIER GREGORIEN

 


LE MUSULMAN ET LE CALENDRIER GREGORIEN


Chaque fin d’année grégorien, on assiste à des polémiques sur le comportement que doit le musulman adopter pour rester en conformité avec l'islam. Certains vont jusqu'à qualifier toute manifestation de joie de péché et de shirk (associer une divinité à Allah). D’autres estiment que le fait de s’intéresser aux évènements marquant la fin d’année, est considéré comme une imitation interdite des autres religions, faisant référence à la parole du Messager qui dit : *Quiconque imite un peuple en fait partie*.


La question fondamentale qu’il sied de se poser est la suivante : *EST-CE QU’IL EXISTE UN CALENDRIER RELIGIEUX* ?


Il ne faut pas confondre un calendrier faisant référence aux faits ou évènements religieux et un calendrier religieux. C’est différent.


On parle de religieux, tout ce qui a été révélé par Dieu par l’entremise de son Messager. Dieu dit dans Coran : *O Messager, transmets ce qui t’a été descendu de la part de ton Seigneur. Si tu ne le faisais pas, alors tu n’aurais pas communiqué Son message*. S5v67


On parle de désobéissance religieuse, lorsqu'une personne fait le contraire de ce que Dieu et son Messager ont établi ou n’a respecté ce qu'ils ont condamné. Or, si l'on prend le Coran du début à la fin, ainsi que les enseignements du Messager, nulle part vous ne verrez la dénonciation d'un quelconque calendrier.  On trouvera plutôt que Dieu a laissé cette tâche aux humains.


Dans la sourate 10 verset 5 le Seigneur nous dit : *C’est Lui qui a fait du soleil une clarté et de la lune une lumière, et Il en a déterminé les phases afin que vous sachiez le nombre des années et le calcul (du temps). Allah n’a créé cela qu’en toute vérité. Il expose les signes pour les gens doués de savoir*. S10 v5.


Dans ce verset, Dieu ne parle pas de jour, parce que l’alternance du jour et de la nuit relève de sa responsabilité et les activités a y effectuées sont de notre responsabilité. *Et c’est Lui qui a assigné une alternance à la nuit et au jour pour quiconque veut y réfléchir ou montrer sa reconnaissance*.


Dieu ne parle pas également de mois, parce que la nomination des mois est liée à la culture de chaque peuple. Les arabes nommaient les mois en fonction des saisons, des évènements ou autres.  C’est ainsi que les mois que nous appelons islamiques, ont existés avant l’islam et ont simplement été adoptés. Dans la biographie du Messager, il est dit que trois années avant la prophétie, il se retirait chaque mois de ramadan, dans grotte appelée Hira. Les années n’existaient pas n’ont plus. C’est pourquoi l’année où les éléphants ont attaqué la Mecque a été désigné, l’année de l’éléphant.


Dans la sourate 10 verset 5 cité plus haut, le Seigneur dit de la clarté du soleil et la lumière de la lune : *afin que vous sachiez le nombre des années et le calcul du temps*. Il a donné la liberté à chacun d’élaborer son calendrier, avec la liberté de choisir le premier mois et le dernier. Cette liberté appartient à tous les êtres humains qui subissent l’alternance du jour et de la nuit, et non seulement aux musulmans. Parce que c’est un instrument de planification des activités humaines, aussi bien pour futur, que de références pour situer nos évènements du passé. Cela n’a rien de religieux. C’est purement humain et intellectuel. D’où vient ce débat, si ce n’est que par rejet pur et simple des efforts intellectuels des autres.


C’est effectivement la gestion des affaires administratives qui a conduit le KHALIF OUMAR à créer un calendrier. Et cela, près de dix ans après la mort du Messager. Il ne l’a pas établi pour des raisons religieuses. Son gouverneur du nom de Abou Moussa Ach-ari ayant reçu deux courriers du Khalif, ignorait lequel traiter en premier. C’est ainsi qu’il suggéra au Khalif de dater désormais les courriers, afin de lui faciliter le travail. Voilà comment Oumar a réfléchit avec les compagnons, pour initier un calendrier. L’islam étant parachevé avec la mort du Messager, tout acte survenu de n’importe qu’elle personne, relève d’une modalité et non d’une législation religieuse de portée universelle.


Autant le calendrier grégorien n’est pas islamique, le calendrier hégirien ne peut l’être non plus, puisqu’il est issu d’une réflexion humaine, même s’il émane d'un Khalif. L’année est différente des mois qui renvoient aux cultes de l’islam. En établissant un calendrier, le Khafil Oumar a imité les autres qui en avait déjà. De même que les dômes et minarets des mosquées ont été faits en imitation de ce des églises et synagogues juives qui existaient en Syrie. Car la mosquée du Messager était couverte de branches de dattiers.


En toute objectivité et toute passion misent à part, nous devons du respect au calendrier Grégorien, puisque c’est grâce à lui que les musulmans peuvent situer la naissance et la vie du Messager ainsi que toute la période de la révélation. Mais chose bizarre, le débat ne repose jamais quand il s’agit d’utiliser le calendrier Grégorien pour expliquer le temps de la prophétie. Car le calendrier hégirien n’est venu que plus tard.  


Les arabes peuvent avoir une raison de combattre le calendrier Grégorien, parce qu’ils sont dans une guerre culturelle. Mais quant à nous autres africains, de surcroît ivoiriens, quel intérêt avons-nous de rentrer en conflit avec un calendrier qui nous sert tout le temps, dans la planification de nos activités quotidiennes. Le respect d’un calendrier n’a rien de Shirk (associer une divinité à Dieu), c’est juste une prise en compte de son évolution. Nous sommes fiers d’utiliser les formules mathématiques, physiques et les maximes juridiques et économiques, dans le cadre de nos activités. Pourquoi est-ce que cela n’est pas qualifié de Shirk, pourtant elles ne sont nullement inscrites dans le Coran. Ce sont des fruits de l’intelligence que Dieu a donnés aux humains pour organiser la vie. Le calendrier en fait partie. Et Dieu merci, si nous sommes bénéficiaires des deux calendriers Grégorien et Hégirien. Car tous les événements islamiques sont aujourd’hui marqués sur le calendrier Grégorien, avant même la vision de la lune.


On comprend le droit de ceux qui se sentent liés à la culture arabe, plutôt que celle des pays occidentaux. C’est normal, car chacun est lié à son formateur. Mais cette guerre de civilisation, ne peut pas être une raison de perdre l’objectivité entre ce qui est culte et ce qui ne l’est pas. Lorsqu’une année se termine, chacun est libre de ses émotions. Personne ne doit utiliser la religion pour imposer son choix subjectif ou manipuler l’opinion publique. Le seul conseil que je crois être utile, est d’éviter des comportements contraires aux prescriptions de l’islam.


La parole du Messager qui dit : *Quiconque imite un peuple en fait partie*, concerne le culte et non les cultures. Car le Seigneur a consacré la diversité culturelle : *O hommes ! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous entre-connaissiez*. Ce qui veut dire que chacun peut s’enrichir de la culture des autres, tant que ça ne conduit pas à la désobéissance des règles religieuses. Or, le calendrier n’est pas une règle religieuse.


*IMAM AMADOU DOSSO, MOSQUÉE DU SALUT, CITÉ ATCI, FAYA*

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